French Carcan


Banlieues à la dérive ? by Yann
09/04/2010, 15:41
Filed under: Société | Mots-clefs:

Notre ami Franz-Olivier Giesbert nous proposait il y a peu un énième débat sur les banlieues en compagnie d’Aldo Naouri (pédopsychiatre), Michele Tribalat (démographe), Luc Bronner (journaliste) et Abd Al Malik (?).

Vous aurez le dernier mot / France 2 / 02.04.10

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12 commentaires so far
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Tristes tropiques
La civilisation, c’est un ensemble des traits qui caractérisent l’état d’évolution d’une société donnée, tant sur le plan technique, intellectuel, politique que moral, sans porter de jugement de valeur,l’inverse de la France contemporaine.

Commentaire par paturage

Commentaire par paturage

Abd Al Malik, c’est quoi comme concept? Faire croire que le meilleur de la banlieue des songes c’est de la merde d’artiste? A la manière de Piero Manzoni.

Commentaire par paturage

La IVe République, confrontée aux injonctions maghrébines et noires africaines, fut traversée de velléités révolutionnaires. Et si, pour en finir avec la crise née de l’obsolescence de l’injustice colonialiste et de la juste révolte des peuples d’outre-mer, il suffisait finalement de tenir les promesses de la IIIe République et de la Constitution, en accordant aux populations ultramarines ce qu’elles réclamaient : l’égalité politique réelle ?

Durant l’hiver 1954-1955, tandis que le Maroc ni la Tunisie n’étaient encore indépendants, et comme la guerre d’Algérie s’ébauchait, Claude Lévi-Strauss écrivit dans son chef-d’œuvre, Tristes Tropiques :

« Si, pourtant, une France de quarante-huit millions d’habitants s’ouvrait largement sur la base de l’égalité des droits, pour admettre vingt-cinq millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon. Quand les citoyens de la Nouvelle-Angleterre décidèrent il y a un siècle d’autoriser l’immigration provenant des régions les plus arriérées de l’Europe et des couches sociales les plus déshéritées, et de se laisser submerger par cette vague, ils firent et gagnèrent un pari dont l’enjeu était aussi grave que celui que nous nous refusons de risquer. Le pourrions-nous jamais ? En s’ajoutant, deux forces régressives voient-elles leur direction s’inverser ? Nous sauverions-nous nous-mêmes, ou plutôt ne consacrerions-nous pas notre perte si, renforçant notre erreur de celle qui lui est symétrique, nous nous résignions à étriquer le patrimoine de l’Ancien Monde à ces dix ou quinze siècles d’appauvrissement spirituel dont sa moitié occidentale a été le théâtre et l’agent ? Ici, à Taxila, dans ces monastères bouddhistes que l’influence grecque a fait bourgeonner de statues, je suis confronté à cette chance fugitive qu’eut notre Ancien Monde de rester un ; la scission n’est pas encore accomplie. Un autre destin est possible (…) »

Fraternité longtemps espérée

C’est aujourd’hui une vérité interdite, que rappellent volontiers les vieux Africains : l’indépendance, pour la plupart des habitants d’Afrique noire comme du Maghreb, n’était qu’une issue seconde, découlant de l’impossibilité d’obtenir l’égalité de la France. Obtenir l’égalité, pour la plupart d’entre eux, tout particulièrement au sud du Sahara, mais aussi au nord du grand désert, être enfin reconnus comme des égaux, c’était déposer les armes, pour enfin s’aventurer sur la voie d’une fraternité longtemps espérée. Construire pour de bon l’avenir dans le vaste espace républicain, dont la France aimée et admirée savait les secrets, les vertus et les forces. La paix, la concorde tenaient à cela. Claude Lévi-Strauss, excellent connaisseur de l’Afrique, le savait.

Les figures héroïques, de nos jours trahies et déguisées, de Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Léon Mba, Barthélémy Boganda et même Ahmed Sékou Touré, en portent l’éternel témoignage.

La classe politique métropolitaine, souvent ignorante des réalités humaines africaines, enfermée dans des schémas hors d’âge, se tâtait. Seule l’Algérie, par son intime inclusion dans la métropole, semblait pouvoir bénéficier, peut-être, d’une exception.

En janvier 1955, répondant aux premiers feux de la guerre d’Algérie dont ils décelaient les causes, les désespoirs profonds, Pierre Mendès France et François Mitterrand chargèrent Jacques Soustelle, ethnologue de réputation internationale, ancien de la France Libre et grand gaulliste de gauche, d’appliquer en Algérie les conclusions de Claude Lévi-Strauss, dont il se trouvait être l’ami. On appela cela l’Intégration. Soustelle parvint à populariser cette idée révolutionnaire, tant bien que mal, auprès des masses pieds-noires pourtant rétives.

Mais les vieilles barbes de la IVe République, décidément, ne pouvaient voir neuf millions d’Arabo-Berbères musulmans devenir des Français à part entière, et voter, et envoyer des députés au Palais-Bourbon. Qui empêcherait, de là, les Nègres de demander la pareille ?

La IVe République décida donc de reculer, y compris en Algérie. En réponse, l’Armée se souleva en mai 1958, poussée dans cette voie par l’ermite de Colombey, et ses relais algérois, notamment Jacques Soustelle…

Un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste

Ainsi le général de Gaulle renversa la IVe République au nom de l’Intégration. Au gré d’un scénario sidérant, « un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste » (Viansson-Ponté) endossait le programme de Claude Lévi-Strauss… En apparence. Car il n’en pensait pas un mot :

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! (…) Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. (…) Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » « Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? »

Ou un Nègre…

La suite coule de source. De Gaulle, admirateur de Maurras et de Barrès, se travestit en héraut de la pensée lévi-straussienne. Ainsi revenu au pouvoir, par mille stratagèmes, au prix de multiples violations de la Constitution, de cyniques mensonges, de trahisons et d’innombrables crimes, il fit le contraire de ce qu’il avait annoncé, le contraire de ce pour quoi l’Armée l’avait aidé à renverser le précédent régime, le contraire de ce pour quoi les Français l’avaient élu président de la République. Le contraire de ce qu’avait rêvé Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques.

Au nom, ahurissante audace, de la victoire de la modernité politique sur l’obscurantisme et le fascisme ! Une inversion des rôles qui permit, depuis, que jamais ce choix ne soit interrogé ni remis en question, et que soient exaltées la figure, les décisions, et défendues les méthodes du Général, désormais présenté comme un visionnaire et sanctifié…

Ainsi la scission fut-elle finalement accomplie. Les chefs blancs ne voulurent point que la métropole fût submergée par la grande vague de l’outre-mer. Ils se résolurent à étriquer le patrimoine de l’Ancien Monde. Un autre destin était pourtant possible…

Nous savons celui qui nous fut donné en échange.

Il nous appartient, par delà les larmes, les regrets et les vies détruites, de construire notre avenir à cette aune difficile. Sans amnésie, ni soumission. Avec foi et idéal. En toute égalité et fraternité. Pour l’Afrique comme pour la France. Et pour, aussi, le reste du monde.
http://paturage.wordpress.com/2009/12/09/levi-strauss-la-tragedie-de-la-ve/

Commentaire par paturage

Mouhahahaha ! Allah Akbar Malik, l’Erasme médiatique du 9-3. « Un moment donné » faut s’la fermer aussi.

« Il est fondamental de rappeler qu’à l’intérieur des familles, il y a des parents et un enfant, et la relation n’est pas horizontale mais verticale ». Sacré Aldo ! C’est à Mitteu et Cohn-Bendit qu’il faut rappeler cela :-)

PS: je trépigne d’impatience de voir ton futur montage vidéo – j’espère – de l’odieuse émission de Monsieur Durand.

Commentaire par Diane

Diane : Je ne pense pas faire de montage de cette émission, enfin pourquoi pas.

Commentaire par Yann

La pauvre Tribalat n’arrive pas à en placer une. C’est peut être voulu :). On entend que le nègre qui ne fait que débiter des clichés éculés et se prend pour Zémour sans en avoir l’intelligence.

Commentaire par Phil

Petit test: sur le nombre de journalistes gluants qui se tortillent sur le sol pour servir leurs maîtres, combien aurait pu être piégés par leur collègue des Infiltrés?
Ceci pouvant, pure hypothèse théorique bien sûr, expliqué cela.
Ah, on me dit que ce fût le cas de certains (je l’ai entendu personnellement de la bouche d’uniformes heureusement aujourd’hui à la retraite. Et je ne vous raconte pas non plus ce que cette personne a pu raconter sur ses propres collègues uniformés….Aïe…)

Commentaire par Sébastien

Pas de montage vidéo alors ? Ah le vil faquin !
Bon, tant pis… *yeux de biche et battements de cils*

Commentaire par Diane

« Michele Tribalat (démographe), Luc Bronner (journaliste) et Abd Al Malik (?). »

? = CollaBeur ?

Commentaire par wascon

Abd Al Malik (???) n’a rien compris à la conclusion d’Aldo Naouri ou ça vient de moi?

Commentaire par Bisounours Power

Abd el Malik est là pour faire fonctionner à plein régime le dispositif télévisuel. Dommage que Michèle Tribalat n’est pas eu davantage la parole, il eu fallu pour cela une émission sans spectacle. En tout cas nous sommes bien en France ; chacun se coupe la parole. Merci à Paturage pour cette synthèse de la décolonisation. Il se trouve que j’aime infiniment Levi-Strauss ET ne déteste pas Maurras, comme quoi.

Commentaire par Bellérophon




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